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Martin Patenaude-Monette, bédéiste et biologiste

Dernière mise à jour : 10 janv.

  • Parcours artistique, de la petite enfance à aujourd'hui

Lorsque je demande à Martin PM s'il a des souvenirs de ses premiers pas en dessin, le livre "Apprendre à dessiner" est le premier qui lui traverse l'esprit. C'est son grand-frère qui l'initiera à la bande-dessinée franco-belge un peu plus tard: Martin se souvient de ses pratiques à dessiner le profil de Lucky Luke. Il découvrira sur le tard les aventures de Mafalda (Quino).


Issu d'une famille montréalaise "pure laine" du nord de la ville, il pense à sa grand-mère comme inspiration, née en 1912 et qui grandit dans Ahuntsic. Cette grand-mère couturière qui dessinait des portraits et des visages. Ses parents sont abonnés à La Presse, où l'on peut apercevoir des caricatures. Pour le jeune Martin, très rapidement le dessin est associé à une manière d'exprimer des idées et des enjeux socio-politiques.


Décidé à voler de ses propres ailes, Martin quitte Montréal pour Sherbrooke et se lance dans des études de médecine. Au bout d'un an et des poussières, il réalise qu'il s'intéresse plutôt aux interactions entropiques entre le vivant (la faune, la flore) et nous, et décide donc de se rediriger. Il revient à Montréal en 2009 pour entamer cette fois-ci une maîtrise en écologie à l'UQAM dans le but de devenir professeur et faire de la recherche. Son projet de recherche à l'époque consiste à poser des GPS sur des goélands pour localiser l'endroit où ils se nourrissent. Il apprend le chant des oiseaux mais confie avec humilité qu'il n'est pas le meilleur dans ce domaine.


En parallèle de son parcours universitaire, Martin reste attaché aux enjeux socio-politiques et s'exprime à travers ses dessins. Selon lui, le dessin est un véhicule idéal d'expression visuelle, qui parle aux gens.


Pour se motiver, il crée un blogue sur WordPress, à inspiration socio-politique. Ce blogue lui permet de rester actif sur le plan politique, toujours en étudiant en sciences du vivant à côté. Déformation universitaire oblige, ce blogue commence à se teindre d'illustrations scientifiques. Martin lance son blogue à une époque où les réseaux sociaux, notamment le géant Facebook, n'était pas encore vraiment sur la map. Les recommandations entre blogues, le réseautage, se faisait alors directement sous forme de commentaires sous chaque article.


  • La bande dessinée, terreau fertile pour les idées et la transmission de messages

Guidé par l'envie de s'améliorer et de réseauter dans le milieu de l'illustration québécoise, Martin PM s'inscrit à deux sessions d'ateliers de Jimmy Beaulieu au CEGEP du Vieux-Montréal. Ces sessions font parties des activités culturelles du CEGEP, elles sont ouvertes à tous. Lorsque je demande à Martin s'il a des personnes qui l'ont inspiré pour se lancer en bande-dessinée, il me nomme instinctivement Jimmy Beaulieu et David Turgeon.


Selon lui, le style de bande-dessinée de Jimmy Beaulieu sur une feuille ordinaire avec un crayon ordinaire (stylo BIC, crayon à mine) est l'élément déclencheur qui débloque Martin et son envie de devenir bédéiste, car il l'oblige à dessiner une histoire. Il dessine alors cette histoire en noir et blanc sur une feuille de papier, la scanne, et la publie sur son blogue.


En effet, au cours de ces sessions d'atelier, chaque participant produit sa propre histoire, puis les bandes-dessinées sont imprimées à double tirage sous forme de recueils qui compilent l'ensemble des illustrations des participants.


Dès la deuxième session d'atelier, Martin découvre Expozine. Il s'agit d'un salon de micro-édition, d'affiches, de bandes-dessinées qui a lieu à chaque année à Montréal. Ce salon met en lumière de petits éditeurs indépendants, des artistes francophones et anglophones qui peuvent y vendre leurs dessins directement aux participants du salon.


Je comprend alors grâce à Martin que le Québec est un territoire fertile pour le milieu de la micro-édition en bande-dessinée et en poésie pour les passionné.e.s.


Sa première bande-dessinée s'intitule "Le Temps Défait" qui parle de la chasse à l'orignal. Des années plus tard, en 2014, Martin se retrouve à la coordination d'un collectif de bandes-dessinées érotique pendant cinq ans, "Crémage". Il continue à alimenter son blogue de ses illustrations.


Une fois sa maîtrise terminée, Martin PM décroche des contrats de recherche au Ministère de l'Environnement à Rimouski, et déménage donc à 600 km de Montréal. Il commence à réseauter dans le milieu de la bande-dessinée québécoise en parallèle de son implication politique. C'est à cette période que Martin se questionne sur son avenir et prend la dure décision de revenir à Montréal, et de quitter son poste au Ministère. Il a alors droit à un an de chômage, qu'il va utiliser à profusion pour développer sa passion artistique ! Il part trois mois en Sibérie chez une amie qui lui donne des cours de russe, ce qui lui permet d'assouvir un peu plus sa russophilie. Il dessinera suite à ses expériences "Apprendre le russe maintenant !".


De retour à Montréal, ses bandes-dessinées sont instinctivement influencées par la science et c'est ce qui le démarque au Québec. Il est repéré par l'Acfas lors de son congrès annuel pour avoir dessiné l'introduction de son projet de maîtrise. Petit à petit, il développe son réseau dans l'illustration québécoise et devient pigiste.


Récemment, Martin PM a collaboré avec Patrick Couture pour ce qui est son premier ouvrage officiel en maison d'édition, "La Préhistoire du Québec" (Fides).


Lorsque je conclue notre entretien, je lui pose la question de l'influence de la pandémie sur son métier de pigiste : il me répond que cette influence est globalement positive pour le milieu de la communication scientifique au Québec. Les gens ont le souhait désormais de s'informer sur les actualités scientifiques, et Martin regrette que les financements ne suivent pas assez pour des projets de vulgarisation en sciences.


Enfin, son souhait pour le futur de la bande-dessinée est qu'il y ait plus d'inclusivité et de diversité. Martin souhaiterait aussi qu'une plus grande place soit faite à l'écologie, notamment aux forêts québécoises dans les livres jeunesses.


Retrouvez les projets de Martin PM sur son blogue : http://www.martinpm.info/


  • Des recommandations d'artistes scientifiques pour les prochaines publications de "The SciART Talents Blog" pour terminer notre entretien ?

- Madame Cosinus (Julie Dirwimmer de son vraie nom) qui fait du slam scientifique

- Antonia Leney-Granger qui fait du théâtre d'objets: https://www.theatrerenard.com/une-breve-histoire-du-temps

- Mon collègue bédéiste Daniel Ha https://www.dvhstudios.com/) qui a participé la même résidence artistique que moi avec le RSBO (http://www.rsbo.ca/art-et-science/) - Louis T

- Boucar Diouf Vous pourrez retrouver le prochain article de "The SciART Talents Blog" le dimanche 13 Février. En attendant, bon dimanche et bonne lecture :)







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